Vilnus Atyx





La Commune de Paris





C'est donc aujourd'hui, 18 mars, l'anniversaire de la commune de Paris... Puisque certaines commémorations sont prévues, je voulais marquer le coup. C'est le très chouette ouvrage d'Eloi Valat, Le Journal de la Commune qui m'en a donné l'idée : voici quelques extraits du Journal Officiel de l'époque que j'ai choisis, entrecoupés de photos de barricades.

Les extraits proviennent du JO, qui comportait une partie officielle, et une partie non officielle (sic).


Lundi, 20 mars 1871

FEDERATION REPUBLICAINE
de la
GARDE NATIONALE
organe du comité central

Nous, chargés d’un mandat qui faisait peser sur nos têtes une terrible responsabilité, nous l’avons accompli sans hésitation, sans peur, et dès que nous voici arrivés au but, nous disons au peuple qui nous a assez estimés pour écouter nos avis, qui ont souvent froissé son impatience : « Voici le mandat que tu nous as confié : là où notre intérêt personnel commencerait, notre devoir finit ; fais ta volonté. Mon maître, tu t’es fait libre. Obscurs il y a quelques jours, nous allons rentrer obscurs dans tes rangs, et montrer aux gouvernants que l’on peut descendre, la tête haute, les marches de ton Hôtel-de-Ville ; avec la certitude de trouver au bas l’étreinte de ta loyale et robuste main. »

Les membres du Comité central

AU PEUPLE,

Citoyens,

Le peuple de Paris a secoué le joug qu’on essayait de lui imposer.

Calme, impassible dans sa force, il a attendu, sans crainte comme sans provocation, les fous éhontés qui voulaient toucher la République.

Cette fois, nos frères de l’armée n’ont pas voulu porter la main sur l’arche sainte de nos libertés. Merci à tous, et que Paris et la France jettent ensemble les bases d’une République acclamée avec toutes ses conséquences, le seul Gouvernement qui fermera pour toujours l’ère des invasions et des guerres civiles.

L’état de siège est levé.

Le peuple de Paris est convoqué dans ses sections pour faire ses élections communales.

La sûreté de tous les citoyens est assurée par le concours de la garde nationale.

Le Comité central de la garde nationale





Jeudi, 23 mars 1871

L’affiche suivante, imprimée sur papier rouge, a été collée hier dans le quartier de l’Hôtel-de-Ville :

CHAMBRE SYNDICALE
DES OUVRIERS TAILLEURS ET SCIEURS DE PIERRES

Citoyens,

A l’appel de la patrie en danger, nous avons pris les armes, là était notre devoir, aujourd’hui, la misère et le lèpre nous ont atteints. Ce n’est que par un sublime effort que nous pourrons améliorer notre avenir.

L’époque difficile que nous traversons doit nous avoir amenés à des réflexions sérieuses au sujet de notre position sociale comme travailleurs. Nous devons nous demander si nous, producteurs, nous devons continuer à faire vivre grassement ceux qui ne produisent rien ; si le système que l’on a suivi jusqu’ici est destiné à exister toujours, alors même qu’il nous est complètement opposé. Prouvons par notre attachement à la sainte cause de la démocratie que nous sommes dignes de tous les égards qui nous sont dus.

Donc, travailleurs, à l’ouvrage ! car nos patrons ne songent en ce moment qu’à profiter de notre misère pour nous exploiter encore davantage, si cela est possible ; et, si nous savons nous entendre, nous mettrons un frein à leurs basses rapacités.

À cet effet, nous convoquons les ouvriers tailleurs et scieurs de pierres à une réunion qui aura lieu jeudi, 23 mars 1871, à midi, place de la Corderie-du-Temple, 6 (salle Montier).

La chambre syndicale des tailleurs et scieurs de pierres.





Mercredi, 29 mars 1871

LA COMMUNE D’ALGERIE

Citoyens,

Les délégués de l’Algérie déclarent, au nom de tous leurs commettants, adhérer de la façon la plus absolue à la Commune de Paris.

L’Algérie tout entière revendique les libertés communales

Opprimés pendant quarante années par la double centralisation de l’armée et de l’administration, la colonie a compris depuis longtemps que l’affranchissement complet de la Commune est le seul moyen pour elle d’arriver à la liberté et à la prospérité.





Vendredi, 31 mars 1871

LE DRAPEAU ROUGE

Que les progrès politiques et sociaux sont lents à s’accomplir ? Allons-nous voir enfin s’évanouir le spectre rouge de feu Romieu, ce vain et ridicule épouvantail des hommes paisibles, mais inintelligents de la France entière ?

Puisque le drapeau rouge est maintenant arboré sur nos monuments publics, il n’est pas inutile de dire quelques mots de son histoire. La routine et l’ignorance sont si grandes, que c’est une bien grosse affaire que de changer un drapeau fût-il souillé du sang et de la boue de Waterloo et de Sedan, et La Bruyère l’a dit excellemment : « Vous pouvez aujourd’hui ôter à cette ville ses franchises, ses droits, ses privilèges ; mais demain, ne songez pas même à réformer ses enseignes. »

Depuis le règne de Henri Ier jusqu’à celui de Charles VII, le drapeau national fut l’étendard rouge, connu sous le nom d’oriflamme. De Charles VII à Louis XVI sous le régime des armées permanentes et de la royauté absolue, le drapeau national fut le drapeau du roi, la bannière blanche fleurdelisée.

En 1789, le 13 juillet, à l’Hôtel-de-Ville, Lafayette proposa l’adoption d’un drapeau formé par l’alliance du blanc, couleur de la royauté, avec le bleu et le rouge, couleurs du tiers-état parisien.

Le bleu était la couleur des maîtres bourgeois des villes, et le rouge la couleur des travailleurs. Le bonnet phrygien du costume officiel des paysans sous Louis XVI était rouge.

En résumé, le blanc était la couleur du roi et de ses instruments politiques, la noblesse et le clergé, le bleu celle des privilégiés du régime des maîtrises et des jurandes, le rouge celle des travailleurs, c’est-à-dire de l’immense majorité du peuple français.

En 1789, on crut pouvoir concilier toutes les classes de la société, et l’on adopta le drapeau tricolore : ce fut une contradiction avec le principe de l’égalité devant la loi, et une erreur bien pardonnable dans une époque de transition. Mais on n’arriva jamais à mêler ensemble le mercure l’eau et l’huile.

En 1848, comme l’a raconté Louis Blanc, le peuple comprenait qu’à de nouvelles institutions, il faut de nouveaux emblèmes. Le drapeau rouge fut demandé spontanément et avec une passion où se révélait la profondeur des instincts populaires.

Lamartine, ce poète à l’esprit faux, cet homme à la vanité féminine et monstrueuse, l’amant de Graziella, qui, né riche, gaspilla sa fortune, et, devenu pauvre, vécut sans dignité, et mourut trop tard, accablé sous les aumônes d’Emile Ollivier et de Napoléon III, osa proférer en 1848 ce mensonge historique :

« Le drapeau rouge n’a jamais fait que le tour du Champ-de-Mars, traîné dans le sang du peuple ! »

Aujourd’hui, le drapeau rouge flotte dans les airs ! L’application du principe de l’égalité de tous les citoyens devant la loi politique avec les conséquences sociales qu’il implique, finira par confondre tous les Français dans une seule classe, celle des travailleurs ! Le peuple est devenu majeur, comme aux Etats-Unis, et il entend se gouverner lui-même. Il veut que la devise : Liberté, Egalité, Fraternité ! ne soit plus un mensonge inscrit sur le fronton de nos édifices. Une nouvelle ère commence, l’ère des travailleurs, novus ordo sœculorum, comme disent les Américains.

A nouvelle ère, nouveau drapeau ! Le drapeau du travail, de la paix et de l’égalité, le drapeau rouge !





Lundi, 3 avril 1871

La Commune de Paris,

Considérant que le premier des principes de la République est la liberté ;

Considérant que la liberté de conscience est la première des libertés ;

Considérant que le budget des cultes est contraire au principe, puisqu’il impose les citoyens contre leur propre foi ;

Considérant, en fait, que le clergé a été le complice des crimes de la monarchie contre la liberté.

DÉCRÈTE :

Art. 1er. L’Eglise est séparée de l’Etat.

Art. 2. Le budget des cultes est supprimé.

Art. 3. Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles ou immeubles, sont déclarés propriétés nationales.

Art. 4. Une enquête sera faite immédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation.





Mardi, 11 avril 1871

APPEL AUX CITOYENNES DE PARIS

Paris est bloqué, Paris est bombardé…

Citoyennes, où sont-ils nos enfants, et nos frères, et nos maris ?… Entendez-vous le canon qui gronde et le tocsin qui sonne l’appel sacré ?

Aux armes ! La patrie est en danger !…

Est-ce l’étranger qui revient envahir la France ? Sont-ce les légions coalisées des tyrans de l’Europe qui massacrent nos frères, espérant détruire avec la grande cité, jusqu’au souvenir des conquêtes immortelles que depuis un siècle nous achetons de notre sang et que le monde nomme liberté, égalité, fraternité ?…

Non, ces ennemis, ces assassins du peuple et de la liberté sont des Français !…

Ce vertige fratricide qui s’empare de la France, ce combat à mort, c’est l’acte final de l’éternel antagonisme du droit et de la force, du travail et de l’exploitation, du peuple et de ses bourreaux !…

Nos ennemis, ce sont les privilégiés de l’ordre social actuel, tous ceux qui toujours ont vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de notre misère…

Ils ont vu le peuple se relever en s’écriant : « Pas de devoirs sans droits, pas de droits sans devoirs !… Nous voulons du travail, mais pour en garder le produit… Plus d’exploiteurs, plus de maîtres !… Le travail et le bien-être pour tous, — le gouvernement du peuple par lui-même, — la Commune, vivre libres en travaillant, ou mourir en combattant !… »

Et la crainte de se voir appelés au tribunal du peuple a poussé nos ennemis à commettre le plus grand des forfaits, la guerre civile !

Citoyennes de Paris, descendantes des femmes de la grande Révolution, qui, au nom du peuple et de la justice, marchaient sur Versailles, ramenant captif Louis XVI, nous, mères, femmes et sœurs de ce peuple français, supporterons-nous plus longtemps que la misère et l’ignorance fassent des ennemis de nos enfants, que père contre fils, que frère contre frère, ils viennent s’entre-tuer sous nos yeux pour le caprice de nos oppresseurs, qui veulent l’anéantissement de Paris après l’avoir livré à l’étranger ?

Citoyennes, l’heure décisive est arrivée. Il faut que c’en soit fait du vieux monde ! Nous voulons être libres ! Et ce n’est pas seulement la France qui se lève, tous les peuples civilisés ont les yeux sur Paris, attendant notre triomphe pour, à leur tour, se délivrer. Cette même Allemagne, — dont les armées princières dévastaient notre patrie, jurant la mort à ses tendances démocratiques et socialistes, — est elle-même ébranlée et travaillée par le souffle révolutionnaire ! Aussi, depuis six mois est-elle en état de siège, et ses représentants ouvriers sont au cachot ! La Russie même voit périr ses défenseurs de la liberté que pour saluer une génération nouvelle, à son tour prête à combattre et à mourir pour la République et la transformation sociale !

L’Irlande et la Pologne, qui ne meurent que pour renaître avec une énergie nouvelle, — L’Espagne et l’Italie qui retrouvent leur vigueur perdue pour se joindre à la lutte internationale des peuples, — l’Angleterre, dont la masse entière, prolétaire et salariée, devient révolutionnaire par position sociale, — l’Autriche, dont le gouvernement doit réprimer les révoltes simultanées du pays même et des pouvoirs slaves, — cet entrechoc perpétuel entre les classes régnantes et le peuple n’indique-t-il pas que l’arbre de la liberté, fécondé par les flots de sang versés durant des siècles a enfin porté ses fruits ?

Citoyennes, le gant est jeté, il faut vaincre ou mourir ! Que les mères, les femmes qui se disent : « qu’importe le triomphe de notre cause, si je dois perdre ceux que j’aime ! » se persuadent enfin que le seul moyen de sauver ceux qui leur sont chers, — le mari qui la soutient, l’enfant en qui elle met son espoir, — c’est de prendre une part active à la lutte engagée, pour la faire cesser enfin et à tout jamais, cette lutte fratricide qui ne peut se terminer que par le triomphe du peuple, à moins d’être renouvelée dans un avenir prochain ! Malheur aux mères, si une fois encore le peuple succombait ! Ce seront leurs fils enfants qui paieront cette défaite, car pour nos frères et nos maris, leur tête est jouée, et la réaction aura beau jeu ! De la clémence, ni nous ni nos ennemis nous n’en voulons !…

Citoyennes, toutes résolues, toutes unies, veillons à la sûreté de notre cause ! Préparons-nous à défendre et à venger nos frères ! Aux portes de Paris, sur les barricades, dans les faubourgs, n’importe ! soyons prêtes, au moment donné, à joindre nos efforts aux leurs ; si les infâmes qui fusillent les prisonniers, qui assassinent nos chefs, mitraillent une foule de femmes désarmées, tant mieux ! le cri d’horreur et d’indignation de la France et du monde achèvera ce que nous aurons tenté !… Et si les armes et les baïonnettes sont toutes utilisées par nos frères, il nous restera encore des pavés pour écraser les traîtres !…

Un groupe de citoyennes.





Jeudi, 13 avril 1871

La Commune de Paris,

Considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la république française, la fraternité,

DÉCRÈTE :

Article unique. La colonne de la place Vendôme sera démolie.

Paris, le 12 avril 1871.





Lundi, 17 avril 1871

La Commune de Paris,

Considérant qu’une quantité d’ateliers ont été abandonnés par ceux qui les dirigeaient afin d’échapper aux obligations civiques, et sans tenir compte des intérêts des travailleurs ;

Considérant que par suite de ce lâche abandon, de nombreux travaux essentiels à la vie communale se trouvent interrompus, l’existence des travailleurs compromise,

DÉCRÈTE :

Les chambres syndicales ouvrières sont convoquées à l’effet d’instituer une commission d’enquête ayant pour but :

1° De dresser une statistique des ateliers abandonnés, ainsi qu’un inventaire exact de l’état dans lequel ils se trouvent et des instruments de travail qu’ils renferment ;

2° De présenter un rapport établissant les conditions pratiques de la prompte mise en exploitation de ces ateliers, non plus par les déserteurs qui les ont abandonnés, mais par l’association coopérative des travailleurs qui y étaient employés ;

3° D’élaborer un projet de constitution de ces sociétés coopératives ouvrières ;

4° De constituer un jury arbitral qui devra statuer, au retour desdits patrons, sur les conditions de la cession définitive des ateliers aux sociétés ouvrières, et sur la quotité de l’indemnité qu’auront à payer les sociétés aux patrons.

Cette commission d’enquête devra adresser son rapport à la commission communale du travail et de l’échange, qui sera tenue de présenter à la Commune, dans le plus bref délai, le projet de décret donnant satisfaction aux intérêts de la Commune et des travailleurs.

Il a été trouvé dans des caves officielles une certaine quantité de bouteilles de vins fins, qui ont été apportées au ministère du commerce, où toutes les marchandises de cette nature doivent être dirigées. Les ambulances établies dans Paris et ayant des blessés sont invitées à envoyer le chiffre de leurs assistés au ministère du commerce ; la répartition en sera faite d’après ces chiffres.





Vendredi, 21 avril 1871

Sur les justes demandes de toute la corporation des ouvriers boulangers, La commission exécutive

ARRÊTE :

Art. 1er. Le travail de nuit est supprimé.

Art. 2. Les placeurs institués par l’ex-police impériale sont supprimés. Cette fonction est remplacée par un registre placé dans chaque mairie pour l’inscription des ouvriers boulangers. Un registre central sera établi au ministère du commerce.

La commission exécutive





Samedi, 22 avril 1871

MAIRIE DU Xe ARRONDISSEMENT

Le public est prévenu que l’école communale de garçons située Faubourg-Saint-Martin, 157, vient d’être confiée à la direction d’instituteurs laïques, offrant toutes les garanties d’instruction et de moralité désirables.

L’enseignement exclusivement rationnel, comprendra la lecture, l’écriture, la grammaire, l’arithmétique, le système métrique, les premiers éléments de la géométrie, la géographie, l’histoire de France, la morale rationnelle, la musique vocale et le dessin artistique et industriel. Tous les enfants de six à quinze ans, quelles que soient leur nationalité et la religion qu’ils professent, seront admis sur la présentation d’une carte délivrée par la mairie.

Les élèves qui ont déjà fréquenté l’école n’ont pas besoin d’une nouvelle carte d’admission.

Ouverture des classes, lundi 24 avril, à huit heures du matin.

Cours public de morale rationnelle et de droit politique, tous les jeudis, à huit heures du soir, par le citoyen Ch. Poirson, licencié en droit, directeur de l’école.

Le directeur recevra les parents d’élèves de neuf heures du matin à quatre heures du soir, le dimanche et le jeudi exceptés.

Le président de la commission de la 10e légion. Leroudier.





Mercredi, 26 avril 1871

COMMUNE DE PARIS

Séance du 25 avril 1871.

L’ordre du jour appelle la discussion d’une proposition du citoyen Avrial.

« La Commune de Paris,

« DÉCRÈTE :

« Art. 1er. Les instruments de travail, meubles, objets de literie, lingerie, habillement, engagé dans les monts-de-piété, quelle que soit la date de l’engagement, au-dessus de 50 fr. peuvent être retirés gratuitement, à partir du présent jour.

« Art. 2. Les objets susdits ne seront délivrés qu’aux propriétaires primitifs des objets.

« Le délégué aux finances sera chargé de l’exécution du présent décret. »

Le citoyen Avrial. J’ai présenté de projet de décret, parce qu’il faut montrer que nous nous occupons du peuple, qui a fait la Révolution du 18 mars.

Le peuple, qui a mangé du pain noir, a le droit qu’on lui tienne compte de ses souffrances, et pour le satisfaire par des mesures légitimes il ne faut pas qu’on s’arrête à quelques millions.

L’institution du mont-de-piété doit disparaître ; en attendant, il faut donner une première satisfaction aux braves qui vont se battre.





Jeudi, 11 mai 1871

Le Comité de salut public,

Vu l’affiche du sieur Thiers, se disant chef du pouvoir de la République française ;

Considérant que cette affiche, imprimée à Versailles, a été apposée sur les murs de Paris par les ordres de M. Thiers ;

Que, dans ce document, il déclare que son armée ne bombarde pas Paris, tandis que chaque jour des femmes et des enfants sont victimes des projectiles fratricides de Versailles ;

Qu’il y est fait appel à la trahison pour pénétrer dans la place, sentant l’impossibilité absolue de vaincre par les armes l’héroïque population de Paris,

ARRETE :

Art. 1er. Les biens meubles des propriétés de Thiers seront saisis par les soins de l’administration des domaines.

Art. 2. La maison de Thiers, située place Georges, sera rasée.

Art. 3. Les citoyens Fontaine, délégué aux domaines, et J. Andrieu, délégué aux services publics, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution immédiate du présent arrêté.

Les membres du Comité de salut public





Mardi, 16 mai 1871

AUX GRANDES VILLES

Après deux mois d’une bataille de toutes les heures, Paris n’est ni las ni entamé.

Paris lutte toujours, sans trêve et sans repos, infatigable, héroïque, invaincu.

Paris a fait un pacte avec la mort. Derrière ses forts, il a ses murs ; derrière ses murs, ses barricades ; derrière ses barricades, ses maisons, qu’il faudrait lui arracher une à une, et qu’il ferait sauter, au besoin, plutôt que de se rendre à merci.

Grandes villes de France, assisterez-vous immobiles et impassibles à ce duel à mort de l’Avenir contre le Passé, de la République contre la Monarchie ?

Ou verrez-vous enfin que Paris est le champion de la France et du monde, et que ne pas l’aider, c’est la trahir ?…

Vous voulez la République, ou vos votes n’ont aucun sens ; vous voulez la Commune, car la repousser, ce serait abdiquer votre part de souveraineté nationale ; vous voulez la liberté politique et l’égalité sociale, puisque vous l’écrivez sur vos programmes ; vous voyez clairement que l’armée de Versailles est l’armée du bonapartisme, du centralisme monarchique, du despotisme et du privilège, car vous connaissez ses chefs et vous vous rappelez leur passé.

Qu’attendez-vous donc pour vous lever ? Qu’attendez-vous pour chasser de votre sein les infâmes agents de ce gouvernement de capitulation et de honte qui mendie et achète, à cette heure même, de l’armée prussienne, les moyens de bombarder Paris par tous les côtés à la fois ?

Attendez-vous que les soldats du droit soient tombés jusqu’au dernier sous les balles empoisonnées de Versailles ?

Attendez-vous que Paris soit transformé en cimetière et chacune de ses maisons en tombeau ?

Grandes villes, vous lui avez envoyé votre adhésion fraternelle ; vous lui avez dit : « De cœur, je suis avec toi ! »

Grandes villes, le temps n’est plus aux manifestes : le temps est aux actes, quand la parole est au canon.

Assez de sympathies platoniques. Vous avez des fusils et des munitions : Aux armes ! Debout, les villes de France !

Paris vous regarde, Paris attend que votre cercle se serre autour des lâches bombardeurs et les empêche d’échapper au châtiment qu’il leur réserve.

Paris fera son devoir et le fera jusqu’au bout.

Mais ne l’oubliez pas, Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nantes, Bordeaux et les autres…

Si Paris succombait pour la liberté dans le monde, l’histoire vengeresse aurait le droit de dire que Paris a été égorgé parce que vous avez laissé s’accomplir l’assassinat.

Le délégué de la commune aux relations extérieures, Paschal Grousset.





Jeudi, 18 mai 1871

Le gouvernement de Versailles vient de se souiller d’un nouveau crime, le plus épouvantable et le plus lâche de tous.

Ses agents ont mis le feu à la cartoucherie de l’avenue Rapp et provoqué une explosion effroyable.

On évalue à plus de cent le nombre des victimes. Des femmes, un enfant à la mamelle ont été mis en lambeaux.

Quatre des coupables sont entre les mains de la sûreté générale.

Paris, le 27 floréal an 79.
Le Comité de salut public




Lundi, 22 mai 1871

AU PEUPLE DE PARIS
A LA GARDE NATIONALE

Citoyens,

Assez de militarisme, plus d’états-majors galonnés et dorés sur toutes les coutures !

Place au peuple, aux combattants, aux bras nus ! L’heure de la guerre révolutionnaire a sonné.

Le peuple ne connaît rien aux manœuvres savantes, mais quand il a un fusil à la main, du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les stratégistes de l’école monarchiste.

Aux armes ! citoyens, aux armes ! il s’agit, vous le savez, de vaincre ou de tomber dans les mains impitoyables des réactionnaires et des cléricaux de Versailles, de ces misérables qui ont, de parti pris, livré la France aux Prussiens et qui nous font payer la rançon de leurs trahisons !

Si vous voulez que le sang généreux qui a coulé comme l’eau depuis six semaines ne soit pas fécond, si vous voulez vivre libres dans la France libre et égalitaire, si vous voulez épargner à vos enfants et vos douleurs et vos misères, vous vous lèverez comme un seul homme, et devant votre formidable résistance, l’ennemi, qui se flatte de vous remettre au joug, en sera pour la honte des crimes inutiles dont ils s’est souillé depuis deux mois.

Citoyens, vos mandataires combattront et mourront avec vous, s’il le faut. Mais au nom de cette glorieuse France, mère de toutes les révolutions populaires, foyer permanent des idées de justice et de solidarité qui doivent être et seront les lois du monde, marchez à l’ennemi, et que votre énergie révolutionnaire lui montre qu’on peut vendre Paris, mais qu’on ne peut ni le livrer ni le vaincre !

La Commune compte sur vous, comptez sur la Commune !

Le délégué à la guerre, Ch. Delescluze,
Le comité de salut public


Pour retrouver l'intégrale des JO de la période, voyez ici ou .

Les photos viennent de Wikimedia.




Contenu publié le 18-03-2012 à 09:00



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